Chapitre 1 (suite) — Méthodologie d'un Test d'Intrusion & Panorama des Menaces

⏱ ~30 min autonome · ~45 min encadré

Un hacker éthique ne s'attaque jamais à une cible au hasard. Ce chapitre présente la structure formelle d'un mandat de test d'intrusion, les phases techniques qu'un attaquant (et donc un testeur) suit dans l'ordre, un cadre de référence pour penser comme l'adversaire, et un tour d'horizon des acteurs de la menace actuelle.

Au-delà des techniques utilisées, un mandat de test d'intrusion professionnel suit toujours la même structure en trois temps, indépendamment de la cible :

PhaseContenu
PréparationNégociation du contrat : portée, types d'attaques autorisées, personnes désignées, autorisation écrite signée (voir section précédente).
ÉvaluationLes tests techniques proprement dits — c'est la phase où les techniques des sections suivantes (§2) sont mises en œuvre.
ConclusionRédaction du rapport final : constats, preuves de concept, et généralement des recommandations de correction (voir aussi le chapitre de synthèse, qui détaille la structure d'un rapport professionnel).

Types de tests selon le niveau de connaissance

Pour que le test reflète fidèlement une attaque réelle, le testeur adopte un niveau de connaissance préalable de la cible qui correspond au profil d'attaquant qu'on souhaite simuler :

TypeConnaissance de la cibleSimule
Boîte noireAucune connaissance préalableUn attaquant externe inconnu — le plus long et le plus coûteux, mais ignore la menace interne.
Boîte blancheConnaissance complète du réseau, des systèmes et de l'infrastructureUne menace interne avertie (administrateur mécontent, employé de confiance).
Boîte griseConnaissance partielle, privilèges d'un utilisateur standard Un initié aux accès limités — pertinent puisque la majorité des attaques réelles impliquent, d'une façon ou d'une autre, un point d'entrée interne.
Mémorisez ! Boîte noire = zéro connaissance (externe) ; boîte blanche = connaissance complète (interne averti) ; boîte grise = connaissance partielle (initié aux accès limités). Le choix du type de test découle directement du profil de menace que le client souhaite évaluer en priorité.

Une fois le mandat en phase d'évaluation, l'intrusion elle-même suit une progression logique. Chaque phase sera détaillée dans son propre chapitre — l'objectif ici est de voir comment elles s'enchaînent.

  1. Reconnaissance / empreinte (footprinting) — collecte d'information sur la cible, passive ou active (Chapitre 2).
  2. Scanning — identification des hôtes actifs, ports ouverts et services (Chapitre 3).
  3. Énumération — extraction active d'information via des connexions établies (Chapitre 4).
  4. Analyse de vulnérabilités — identification des faiblesses exploitables (Chapitre 5).
  5. Obtention d'accès — exploitation effective d'une vulnérabilité pour entrer dans le système (Chapitre 6).
  6. Escalade de privilèges — passage d'un accès limité à un accès administrateur/root.
  7. Maintien de l'accès — mise en place de portes dérobées pour un retour ultérieur.
  8. Effacement des traces — dissimulation ou falsification des journaux d'activité.
Sur le terrain

Dans la réalité, ces phases se chevauchent constamment et un attaquant opportuniste ne suit pas ce fil à la lettre — il prend le chemin le plus court vers son objectif. Un bon testeur, lui, documente systématiquement chaque phase même quand un raccourci technique existe, parce que c'est l'exhaustivité de cette documentation qui constitue la valeur du mandat pour le client. Deuxième point tout aussi important : un testeur n'efface jamais réellement les journaux dans un vrai mandat — cette phase se limite à documenter qu'elle aurait été possible, sauf clause contraire explicite dans les règles d'engagement.

Développé par Lockheed Martin, ce modèle décrit les étapes qu'un attaquant doit accomplir pour mener une intrusion à son terme. Son intérêt : connaître ces étapes permet d'anticiper où et comment intervenir pour briser la chaîne — il suffit d'interrompre une seule phase pour faire échouer toute l'attaque.

#PhaseDescription
1ReconnaissanceCollecte d'information sur la cible, identification de vulnérabilités, préparation de la plateforme d'attaque.
2ArmementCréation d'une charge malveillante exploitant les faiblesses découvertes en phase 1.
3LivraisonTransmission de la charge à la cible (courriel, clé USB, site web compromis...).
4ExploitationExécution du code livré sur le système cible.
5InstallationMise en place de l'application malveillante de façon persistante.
6Commandement et contrôle (C2)Établissement d'un canal de communication entre l'attaquant et le système compromis.
7Actions sur objectifsRéalisation du but final : exfiltration de données, sabotage, pivot vers d'autres systèmes.

Un concept complémentaire utile : les TTP (Tactiques, Techniques et Procédures) désignent la « signature » comportementale propre à un attaquant ou groupe d'attaquants — sa façon caractéristique d'opérer. On la reconnaît notamment par des indicateurs de compromission (IOC), qui se déclinent en quatre types :

Scénario : Une équipe de sécurité bloque un courriel de phishing avant qu'il n'atteigne les employés (interruption en phase 3, Livraison). Même si l'attaquant avait déjà armé une charge fonctionnelle (phase 2 réussie), l'ensemble de l'attaque échoue — c'est tout l'intérêt de penser en chaîne plutôt qu'en incidents isolés.

Pour aller plus loin sur la classification systématique des tactiques et techniques d'attaque, voir l'annexe MITRE ATT&CK — un cadre gratuit et largement utilisé dans l'industrie pour cartographier le comportement des attaquants au-delà du seul modèle Kill Chain.

Le mandat se conclut toujours par un livrable écrit — sans rapport, le travail technique n'a aucune valeur pour le client. Deux éléments composent typiquement ce livrable :

Le chapitre précédent a introduit les profils d'acteurs de la menace. Voici comment ces profils et les tendances actuelles s'articulent dans le paysage réel :

TendanceCe qu'il faut retenir
Rançongiciel (ransomware)Toujours la menace la plus visible pour les organisations de toute taille ; de plus en plus opéré comme un service (RaaS) par des groupes criminels organisés plutôt que par des individus isolés.
Attaques de la chaîne d'approvisionnementCompromettre un fournisseur ou un composant logiciel largement utilisé pour atteindre indirectement un grand nombre de cibles — plus difficile à détecter puisque la confiance envers le fournisseur masque le vecteur réel.
Étude de cas québécoise : En 2023, Hydro-Québec a subi une attaque par déni de service distribué (DDoS) revendiquée par un groupe pro-russe, qui a temporairement perturbé l'accès à son site web sans affecter le réseau électrique lui-même. L'incident illustre une distinction essentielle du chapitre sur le déni de service : l'impact d'une attaque DoS se mesure en disponibilité de service, pas nécessairement en compromission des systèmes critiques sous-jacents — une nuance importante pour communiquer correctement la gravité d'un incident.
📖 Pour la culture

Countdown to Zero Day (Kim Zetter) raconte l'histoire de Stuxnet, le ver informatique qui a saboté des centrifugeuses d'enrichissement nucléaire iraniennes — un cas d'école sur les attaques visant les systèmes industriels (OT), abordées au Chapitre 9. Lecture optionnelle, pas matière à quiz.

Chapitre suivant → Reconnaissance & OSINT

1. Un client souhaite qu'un test simule un employé disposant d'un accès standard mais sans privilèges élevés. Quel type de test doit-on utiliser ?

La boîte grise simule un initié aux accès limités — exactement le profil décrit.

2. Dans quelle phase formelle d'un test d'intrusion la portée et les règles d'engagement sont-elles négociées ?

La préparation couvre tout ce qui est négocié avant que la moindre action technique ne commence.

3. Quelle phase technique précède directement l'obtention d'accès ?

On identifie d'abord les vulnérabilités exploitables, puis on obtient l'accès en les exploitant.

4. Une équipe de sécurité intercepte un courriel de phishing avant qu'il n'atteigne un employé. Quelle phase de la Cyber Kill Chain vient d'être interrompue ?

Bloquer le courriel avant réception interrompt la phase de livraison — la charge n'a jamais atteint son vecteur de transmission vers la cible.

5. Quel type d'indicateur de compromission (IOC) inclut les noms de domaine et adresses IP associés à une attaque ?

URL, domaines et adresses IP relèvent des indicateurs réseau.

6. Que désigne l'acronyme TTP dans le contexte de l'analyse de la menace ?

Les TTP décrivent la signature comportementale caractéristique d'un attaquant.

7. Qu'est-ce qui distingue principalement une preuve de concept d'un rapport de test d'intrusion ?

La preuve de concept apporte la démonstration reproductible qu'une faille identifiée est réellement exploitable.

8. Une attaque compromet un composant logiciel largement utilisé pour atteindre indirectement de nombreuses organisations clientes. De quel type de menace s'agit-il ?

Compromettre un fournisseur ou composant partagé pour atteindre ses clients est la définition même d'une attaque de la chaîne d'approvisionnement.

9. Lors de l'attaque DDoS de 2023 contre Hydro-Québec, quel élément a été affecté ?

L'attaque a perturbé l'accès web, sans affecter le réseau électrique — une distinction importante entre disponibilité de service et compromission des systèmes critiques.

10. Pourquoi la Cyber Kill Chain est-elle utile pour une équipe de défense ?

L'intérêt principal du modèle : il suffit de briser un maillon de la chaîne pour empêcher l'attaquant d'atteindre son objectif final.